- L'étymologie est l'étude des origines et des sens premiers des mots, et l'apprendre est l'un des meilleurs moyens d'approfondir sa maîtrise du chinois.
- Le chinois n'étant pas une langue phonétique, l'étymologie chinoise s'intéresse surtout à l'évolution de la forme et du sens des caractères plutôt qu'à leur prononciation.
- L'intérêt des érudits pour l'origine des caractères est ancien : le 说文解字 (Shuōwén Jiězì) de Xu Shen date de la dynastie des Han orientaux et définit plus de 9 000 caractères.
- Savoir si un caractère est un pictogramme, un idéogramme ou un composé phono-sémantique en dit long sur la manière dont il s'est développé.
- Retracer l'histoire d'un caractère, comme 水 (shuǐ), « eau », est un puissant moyen mnémotechnique et une porte d'entrée vers l'histoire et la culture chinoises.
L'étymologie chinoise est plus facile à saisir qu'il n'y paraît, et apprendre l'origine des caractères chinois est sans doute l'un des meilleurs moyens de progresser dans la maîtrise de la langue.
Découvrez avec nous le sens du terme « étymologie », son histoire dans le contexte chinois et quelques conseils pratiques pour analyser les caractères. En route !
01 Qu'est-ce que l'étymologie ?
L'étymologie est l'étude de l'origine et du sens premier des mots.
Il s'agit parfois de rechercher l'ascendance étrangère d'un mot. Dans d'autres cas, on examine les formes plus anciennes du mot attestées dans la littérature ancienne, ou l'on suit l'évolution de sa prononciation, hier et aujourd'hui.
Une étymologie du mot « étymologie »
Analysons le mot « étymologie » lui-même pour voir précisément comment fonctionne cette démarche.
Les racines du mot « étymologie » sont le grec « étumon » (ἔτυμον), qui signifie « sens véritable, sens originel », et « logía » (λογία), qui signifie « branche d'étude ».
Combinez les deux — étym (sens originel) + logie (branche d'étude) — et vous obtenez étymologie, une branche d'étude consacrée aux sens originels. Vous reconnaissez sans doute cette terminaison « logie » dans des mots comme biologie (étude de la vie), théologie (étude de Dieu) et sociologie (étude de la société).
En chinois, le mot pour étymologie (字源 zìyuán) révèle lui aussi clairement son sens. Le caractère 字 signifie « mot » et 源 signifie « source » ou « origine ».
Pièce par pièce : orthographe et phonologie
En retrouvant le sens originel des différentes parties d'un mot, on peut comprendre finement son sens actuel. L'anglais ayant une histoire singulière, faite de nombreux emprunts à d'autres langues, comprendre l'étymologie d'un mot anglais revient souvent à explorer ses racines françaises, latines ou allemandes.
Cette habitude d'emprunter largement peut réserver des surprises quant à l'origine de nombreux mots anglais.
L'un des grands axes de l'étymologie est de comprendre l'évolution d'un mot en retraçant l'histoire de ses graphies et de ses sons successifs. Le versant de l'écriture s'appelle l'orthographe — du grec « orthos » (correct) et « graphia » (écriture) — tandis que le versant sonore s'appelle la phonologie, de « phono » (son) et « logie » (branche d'étude).
Les étymologistes cherchent aussi à suivre l'évolution du sens des mots au fil du temps. Ce type de « développement sémantique » demande une part de conjecture et passe pour plus difficile que le suivi des changements formels d'orthographe et de sons.
Étymologie anglaise et étymologie chinoise
Comme le chinois n'utilise pas d'alphabet à la manière de l'anglais, l'étymologie chinoise fonctionne différemment de l'étymologie anglaise.
L'étymologie anglaise peut suivre une démarche relativement simple : retracer les changements phonologiques (l'évolution de la prononciation) en retraçant les changements orthographiques (l'évolution de l'écriture). En chinois, la démarche est différente, surtout parce que retracer l'évolution de la prononciation est bien moins direct dans une langue qui n'est pas phonétique.
Savoir comment un caractère s'écrivait il y a 3 000 ans sur une inscription sur os oraculaires (甲骨文 jiǎgǔwén) ne révèle pas forcément comment il se prononçait, ni comment il se prononce aujourd'hui. Cela peut en revanche éclairer l'évolution du sens du mot, c'est pourquoi l'étymologie chinoise s'intéresse surtout à l'évolution du sens et de la forme des caractères au fil du temps.
Cela dit, il existe des techniques utiles pour retracer les changements phonologiques du chinois au fil de l'histoire. L'une d'elles consiste à consulter les poèmes rimés anciens.
En observant quels caractères rimaient autrefois ensemble et en étudiant en quoi ces anciens schémas de rimes diffèrent des schémas actuels, les spécialistes peuvent en apprendre beaucoup sur l'évolution de la prononciation d'un caractère. Malgré tout, l'évolution phonologique du chinois est généralement considérée comme un domaine à part, et non comme un élément central de l'étymologie.
Les caractères chinois ont connu de nombreux styles d'écriture, dont l'élégante petite écriture sigillaire (小篆 xiǎozhuàn), encore très appréciée en calligraphie chinoise.
02 Brève histoire de l'étymologie chinoise
Malgré les limites tenant au fait que le chinois n'est pas une langue phonétique, l'intérêt des érudits pour les racines étymologiques des mots est une vénérable tradition chinoise.
Discuter de l'écriture et expliquer les caractères
Dès l'époque des Han orientaux (25–220 de notre ère), le célèbre érudit Xu Shen rédigea un magistral traité d'étymologie intitulé Shuowen Jiezi (说文解字 Shuōwén Jiězì).
Le titre signifie littéralement « discuter de l'écriture et expliquer les caractères », et l'ouvrage a résisté à l'épreuve du temps. Il reste considéré comme une lecture indispensable pour tout Chinois lettré.
Contenant les définitions de plus de 9 000 caractères, l'œuvre de Xu Shen est l'une des premières tentatives systématiques d'étudier les caractères chinois sur une base étymologique, en privilégiant leurs origines et leurs premières apparitions.
La rectification des noms
Pour Xu Shen et les lettrés confucéens de son entourage, ces aventures étymologiques n'étaient pas une vaine quête purement académique. Elles faisaient partie intégrante de l'art de gouverner, et même d'une expression de dévotion religieuse.
Une grande part de la philosophie confucéenne de l'époque reposait sur la croyance en la « rectification des noms », ou Zhèngmíng (正名).
Le mot 正名 associe le caractère signifiant « correct » ou « juste » (正) au caractère signifiant « nom » (名). L'ordre cosmique reposait sur l'idée que chaque chose et chaque personne avait un rôle établi à jouer, et que si l'on donnait de mauvais noms aux gens ou aux objets, le chaos pouvait s'ensuivre.
Cette idée remonte à Confucius lui-même, qui enseignait que les mots doivent correspondre à la réalité.
Cet espoir de « rectification » traduisait la foi en l'importance vitale de donner leur vrai nom aux personnes, aux choses, aux relations et aux idées.
Bien menée, la « rectification des noms » devait aboutir à une harmonie sociale utopique. Une fois les personnes, les lieux, les devoirs et les relations correctement nommés et définis, le bon fonctionnement de l'État et l'équilibre cosmique apparaissaient comme une heureuse inévitabilité.
Si l'on garde à l'esprit cet attachement confucéen à la « rectification », on comprend mieux pourquoi l'étymologie occupait une place si importante dans l'érudition chinoise traditionnelle.
03 Les rouages des caractères chinois
Pour vos premiers pas en étymologie chinoise, il est utile de comprendre les grands éléments constitutifs des caractères eux-mêmes.
Il existe au total six façons de classer les caractères chinois, connues sous le nom de 六书 (liùshū).
Les caractères sont classés selon leur origine : savoir simplement à laquelle des six catégories appartient un caractère peut déjà vous renseigner sur son évolution. Un examen exhaustif du sujet mériterait un article à lui seul — et heureusement pour vous, il existe déjà un article sur les types de caractères chinois.
Pour l'instant, voici trois distinctions de base qui vous aideront à aborder le chinois écrit en général, et l'étymologie chinoise en particulier.
Les caractères pictographiques (象形字 xiàngxíngzì)
Comme l'indique le nom de « pictogramme », les caractères de la catégorie 象形字 (xiàngxíngzì) sont des représentations visuelles des objets qu'ils désignent. Les nouveaux étudiants de mandarin apprennent souvent ces caractères en premier, car leur nature iconique les rend faciles à retenir.
Parmi les 象形字 courants :
- 日 (rì ; soleil)
- 雨 (yǔ ; pluie)
- 火 (huǒ ; feu)
- 口 (kǒu ; bouche)
Le fait que ces caractères ressemblent à ce qu'ils représentent peut servir de raccourci pour en comprendre le sens. Malheureusement, ils ne représentent qu'environ 4 % de l'ensemble des caractères chinois — un point utile à garder en tête pour décider de combien de caractères chinois vous devez apprendre.
Composants phonétiques et sémantiques
Comme nous l'avons dit, le chinois n'a pas d'alphabet et n'est pas phonétique de la même manière que l'anglais. Contrairement à une idée répandue, de nombreux caractères chinois contiennent pourtant des indices de prononciation, sous la forme de composants phonétiques.
Un caractère peut souvent se décomposer en une partie sémantique, qui indique son sens, et une partie phonétique, qui indique sa prononciation. Bonne nouvelle : ces deux parties se trouvent généralement à des endroits prévisibles — même si, comme pour la plupart des choses en chinois, les exceptions sont nombreuses.
En règle générale, les composants sémantiques se placent à gauche, et les composants phonétiques plutôt à droite.
L'exemple classique est 妈妈 (māmā), « maman ».
Du côté sémantique, à gauche, se trouve la clé 女 (nǚ), qui signifie « femme », et à droite se trouve le composant phonétique 马, dont nous savons qu'il se prononce « mǎ ».
Nous savons donc que le sens de 妈妈 a probablement un rapport avec une femme, grâce au radical à gauche, et qu'il se prononce probablement « ma », grâce au composant 马 à droite.
Les idéogrammes (指事字 zhǐshìzì)
Les caractères chinois de la catégorie des idéogrammes ressemblent beaucoup aux pictogrammes, mais ils servent à représenter des concepts et des objets plus abstraits.
La représentation chinoise des trois premiers nombres en est un excellent exemple :
- 1: 一 (yī)
- 2: 二 (èr)
- 3: 三 (sān)
Leur sens est représenté de façon claire et explicite dans les caractères, qui se composent d'un nombre différent de traits horizontaux.
04 L'eau (水) : une expérience d'étymologie chinoise
Le caractère chinois de l'eau, 水 (shuǐ), illustre très bien le parcours étymologique qu'ont suivi de nombreux caractères chinois modernes. C'est un caractère pictographique (象形字 xiàngxíngzì), c'est-à-dire qu'il ressemble à l'objet qu'il représente.
Pour comprendre son étymologie, on peut suivre son évolution depuis ses origines, sous forme de caractère gravé sur os oraculaires, jusqu'à aujourd'hui.
Dans la tentative originelle de représenter l'eau, le créateur de 水 (shuǐ) a dû relever un défi : comment créer une image de l'eau que tous les membres de la culture comprendraient ? La réponse a été la rivière : le plus ancien caractère pour « eau » ressemblait donc à un dessin d'eau qui coule.
Au fil du temps, tandis que l'écriture chinoise serpentait sur les chemins et les sentiers de la longue histoire de l'Empire du Milieu, l'inspiration visuelle d'origine s'est diluée et est devenue abstraite. Aujourd'hui, le caractère ne ressemble plus que vaguement à sa forme première.
Comme outil pédagogique, connaître l'histoire de l'origine d'un caractère — et s'exercer à son ordre des traits — peut vous éviter de l'oublier par la suite.
Pour suivre en images l'histoire de l'évolution du caractère de l'eau, regardez la vidéo ci-dessous.
05 Oncle Hanzi
Richard Sears, connu dans les médias chinois sous le nom d'« Oncle Hanzi », ou 汉字叔叔 (Hànzì Shūshū), est un Américain bien connu installé en Chine, qui s'est fait un nom comme spécialiste des origines étymologiques des caractères chinois.
Eurêka
Dans les années 1970, Richard était un jeune homme de 22 ans originaire du Tennessee, installé à Taipei et désespéré de trouver comment venir à bout des difficultés de la langue chinoise. Après quelques essais, il découvrit qu'étudier l'étymologie chinoise l'intéressait et l'aidait à retenir le sens des caractères.
En s'intéressant directement à l'histoire des caractères eux-mêmes, plutôt qu'en essayant de les apprendre par cœur par grandes quantités, il constata qu'il apprenait bien plus vite. Mais après avoir écumé quelques bibliothèques universitaires, il fut consterné par le manque de ressources étymologiques à sa disposition.
Cette pénurie de ressources a lancé Richard dans une quête de 50 ans pour documenter, explorer et rendre accessible l'étymologie des caractères chinois.
Aujourd'hui, alors que ce travail de toute une vie entre dans sa 50e année, Richard a lancé un site web élégant. Grâce à ce qu'il appelle l'« étymologie informatisée », il espère rendre l'étymologie chinoise accessible à tous.
Cette archive numérique est un véritable trésor de définitions qui aident à dévoiler, couche après couche, l'histoire de nombreux caractères chinois. Pour une balade amusante à travers les détours de l'histoire de divers caractères, essayez la fonction « caractère aléatoire » sur la page d'accueil et voyez où elle vous mène.
06 Un pont vers la Chine
Du fait de ses liens profonds avec la politique, la philosophie, la religion et l'histoire chinoises, l'étymologie chinoise offre un pont vers la culture chinoise, traditionnelle comme contemporaine.
La meilleure façon de comprendre la Chine, ses caractères et la langue chinoise elle-même est de les vivre en immersion. Si vous souhaitez apprendre le chinois en Chine, nous vous invitons à nous rejoindre à Guilin pour explorer l'étymologie chinoise sur place avec un professeur expérimenté de CLI.
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07 Vocabulaire de l'étymologie chinoise
Les termes ci-dessous vous aideront à suivre les discussions sur l'étymologie, l'analyse des caractères et les échanges autour du chinois écrit.
| Chinois | Pinyin | Signification |
|---|---|---|
| 字源 | Étymologie ; l'origine d'un mot ou d'un caractère | |
| 甲骨文 | Écriture sur os oraculaires | |
| 小篆 | Petite écriture sigillaire | |
| 说文解字 | Shuowen Jiezi, le dictionnaire étymologique ancien de Xu Shen | |
| 正名 | Rectification des noms | |
| 六书 | Les six catégories de caractères chinois | |
| 象形字 | Caractère pictographique | |
| 指事字 | Caractère idéographique | |
| 水 | Eau | |
| 火 | Feu | |
| 汉字叔叔 | « Oncle Hanzi », surnom de l'étymologiste Richard Sears |
08 FAQ
Qu'est-ce que l'étymologie chinoise ?
L'étymologie chinoise étudie l'origine des caractères chinois et l'évolution de leurs formes et de leurs sens au fil du temps. Le chinois n'étant pas une langue phonétique, elle s'intéresse surtout à l'évolution des caractères plutôt qu'à la prononciation.
En quoi l'étymologie chinoise diffère-t-elle de l'étymologie de l'anglais ?
L'étymologie de l'anglais peut retracer l'évolution de la prononciation en suivant celle de l'orthographe, puisque l'anglais utilise un alphabet. Le chinois n'en a pas : son étymologie s'intéresse donc surtout à la façon dont la forme et le sens des caractères ont changé au fil des siècles.
Comment l'étymologie peut-elle m'aider à étudier le chinois ?
Connaître l'histoire d'un caractère, par exemple comment 水 (shuǐ) est né du dessin d'une eau qui coule, le rend beaucoup plus facile à retenir. Reconnaître les composants sémantiques et phonétiques aide aussi à deviner le sens et la prononciation de caractères inconnus.
Qu'est-ce que le Shuowen Jiezi ?
Le 说文解字 (Shuōwén Jiězì) est un traité d'étymologie rédigé par Xu Shen sous la dynastie des Han orientaux. Il définissait plus de 9 000 caractères et fut l'une des premières études systématiques des caractères chinois selon leur origine.

